Situé à Toronto, le Conservatoire royal est l’un des établissements d’enseignement de la musique les plus grands et respectés au monde. Le Conservatoire présente également un nombre impressionnant de concerts tout au long de l'année, mettant en vedette divers artistes canadiens et internationaux.


Depuis 2011, la TD est le présentateur officiel de la série annuelle de jazz du Conservatoire et commandite également de nombreux concerts supplémentaires. Ce printemps, la série Jazz TD : Célébrons Dinah et Sarah se terminera avec deux spectacles passionnants au Koerner Hall (Le Mosaic Project de Terri Lyne Carrington le 26 avril et Kurt Elling et Denzal Sinclaire le 10 mai). La saison 2014-2015 de Jazz TD : Hommage aux « Big Bands » sera lancée le 18 octobre prochain avec une réunion rarissime du Boss Brass de Rob McConnell. 

Musique TD a récemment eu l’occasion de discuter avec Mervon Mehta, le directeur général des arts de la scène au Conservatoire depuis 2009. Mehta, un canadien ayant été responsable par le passé de la programmation pour des établissements tels le Ravinia Festival de Chicago et le Kimmel Center for the Performing Arts (Centre Kimmel des arts de la scène) de Philadelphia, a une grande passion pour la musique. Lorsqu’il nous parle, en autres, du conservatoire et de son approche par rapport à la programmation, l’enthousiasme de Mervon est contagieux. 


Musique TD : Le conservatoire royal est vénéré pour ses programmes éducatifs. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur sa relation à la programmation musicale de l’institut? 


Mervon Mehta : Depuis plus de 125 ans, le conservatoire est reconnu comme l’endroit où les gens envoient leurs enfants pour qu’ils apprennent le piano, sinon le violon ou la flûte, et nous avons toujours eu une petite salle de récital de musique de chambre. Il y a 20 ans environ, Peter Simon, notre président-directeur général a déclaré : « Si nous voulons être au premier rang et être en mesure de rivaliser avec les meilleurs corps professoraux et étudiants, nous devons avoir un espace de représentation adéquat. » Il a mené à bien ce projet en 2009 [avec le lancement du Koerner Hall]. Il m’a demandé de rentrer au bercail – je suis Canadien, mais je travaillais aux États-Unis – pour diriger cet endroit. Ce qui m’a surtout plu était le mélange d’éducation et de représentation. Ça ne devrait pas constituer deux entités distinctes. 

Il y a de la musique ici 24 h sur 24, 7 jours sur 7. En arrivant au travail, je vois des parents avec leurs poupons de six mois qui suivent des cours de développement rythmique; nous avons en fait lancé un institut de la petite enfance cette année. À 10 h, toutes les poussettes ont disparues et nos étudiants réguliers prennent leur place. Nous avons l’école Glenn Gould, qui est la meilleure école de musique classique au Canada, mais nous avons également l’école du Conservatoire royal, où tous et toutes peuvent suivre des leçons. De plus, nous enseignons à travers le pays grâce au programme Learning Through the Arts (Apprendre par les arts). Finalement, nous avons ce bijou de mille sièges qu’est le théâtre, et en faisant venir de grands artistes, nous tentons de les intégrer en les invitant à diriger des ateliers. 

Vous avez été embauché pendant la construction du Koerner Hall. L’intention a-t-elle toujours été de mettre en vedette des artistes aux styles musicaux aussi variés?

Un concert de jazz me passionne autant que la musique classique d’Asie du Sud, un spectacle cabaret allemand ou des auteurs-compositeurs-interprètes. J’ai dit au Conservatoire que si une telle approche les intéressait, j’étais leur homme. Dans le cas contraire, je ne l’étais pas. Ils m’ont dit « Oui. » Ils cherchaient à avoir un centre de la musique et non seulement un centre de musique classique, ou tout autre genre spécifiquement. 

La programmation de la série Jazz TD tourne autour d’un thème annuel, se concentrant sur « Célébrons Dinah et Sarah » en 2013-2014. Pourquoi leur faire hommage à ce moment précis? 

Nous n’avions pas réellement mis l’accent sur les chanteurs et chanteuses de jazz au cours de nos quatre premières saisons. Nous avons fait hommage à Dizzy, au jazz latin et à Oscar Peterson. Nous avons eu des chanteurs et chanteuses lors de certaines de nos représentations, mais nous n’avons pas l’occasion de mettre l’accent sur ces artistes, particulièrement sur les artistes féminins. Comme Dinah et Sarah auraient toutes deux eues 90 ans cette année, cela nous donnait un beau prétexte pour le faire. L’autre raison est tout simplement que j’adore Sarah Vaughan et Dinah Wasington, qui sont deux des plus grandes voix du 20e siècle. Alors pourquoi ne pas les célébrer? Ce n’est pas exclusivement à propos des chanteuses, comme nous le verrons au prochain spectacle avec la batteuse Terri Lyne Carrington à la tête du groupe.

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Parlez-nous un peu de Terri Lyne Carrington et de son Mosaic Project.

Il me semble que le noyau du groupe soit Terri Lyne accompagnée de Helen Sung au piano, Tia Fuller au saxophone et Ingrid Jensen à la trompette. Le groupe comprend aussi un gars, le bassiste Tamir Shmerling. Les chanteuses Nona Hendryx et Carmen Lundy se joindront au groupe pour le spectacle. Et quelles voix exceptionnelles! Ce sera tout un régal. 

Terri Lyne est possiblement une des meilleures bassistes de jazz qui soit. L’autre élément qui m’a attiré vers ce projet est la présence d’Ingrid Jensen à la trompette. Elle est diplômée du Conservatoire et a déjà joué ici. Je suis heureux de prendre avantage de toute occasion de la faire revenir en ville. Il est aussi génial d’avoir un groupe presque exclusivement féminin pour payer hommage à ces deux dames. –

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Le 10 mai prochain aura une approche différente, puisque ce sera avec les chanteurs Kurt Elling et Denzal Sinclaire. 

Je connais Denzal depuis environ 20 ans et je sais qu’il saura faire honneur à nos deux dames. En ce qui concerne Kurt, étant un natif de Chicago, il a parcouru les mêmes rues que Dinah Washington, il a joué dans les mêmes clubs et je crois qu’il est un chanteur formidable. Je lui ai demandé s’il accepterait de faire autre chose que ce qu’il joue en tournée présentement, pour faire cet hommage à Dinah et Sarah, et il a sauté sur l’occasion. 

Pour ce qui est de la série Jazz TD 2014-2025, elle semble être axée sur les orchestres big bands. 

Les orchestres big bands me plaisent et nous n’en avons pas vraiment présenté au cours des six premières années. C’était donc une occasion de le faire. Je ne voulais pas avoir plusieurs big band ayant un son traditionnel alors ils sont assez variés. 


Une des choses qui a bien fonctionné pour nous jusqu’à maintenant est d’avoir lancé chaque série avec un groupe originaire de Toronto. Lorsque je réfléchissais aux big bands, je me suis dit que je ne pouvais débuter qu’en appelant Guido Basso et compagnie et de leur demander : « Peut-on ressusciter le Boss Brass? » Ils ne font aucune tournée. En fait, Guido m’a partagé que [le chef d’orchestre du Boss Brass] Rob McConnell, sur son lit de mort, leur a dit : « Je ne veux pas que vous alliez en tournée sans moi. N’allez pas mettre des jeunes que je n’ai jamais connus sur la scène pour jouer mes pièces.
Laissez-moi aller en paix. » Guido a approché la femme de Rob, lui a expliqué ce que nous voulions faire, et lui a demandé si elle leur permettrait de réunir le groupe pour une seule soirée. Mme McConnell a accepté et nous a donné le droit d’utiliser toutes les pièces de musique. C’est la fine fleur du jazz canadien qui sera sur scène. 

Du Boss Brass de Rob McConnell au légendaire Count Basie Orchestrea, Antibalas, le Gil Evans Project de Ryan Truesdell et l’Eddie Palmieri Salsa Orchestra, c’est une approche audacieuse au big band. 

C’est un peu culotté de ma part de mettre Antibalas dans une série dédiée aux big bands puisqu’ils ne sont pas un groupe traditionnel big band, mais ils forment un large ensemble musical et ils ont beaucoup d’instruments à vent. Ce sera un spectacle très énergique et comme ils sont en tournée avec Zap Mama, les avoir ensemble fera casser la baraque!


L’orchestre hommage de Ryan Truesdell à Gil Evans sera aussi intéressant. Ryan est un compositeur et arrangeur relativement jeune. Il est comme un archiviste musical et il adore Gil Evans. Il a cherché de long en large pour tous ces arrangements et a obtenu des bribes qui n’existaient pas – il a trouvé une partition de trompette et une de clarinette et les a mises ensemble. Il fait également partie d’un groupe fantastique de musiciens de studio new-yorkais; il s’agit d’environ 22 instruments sur scène, incluant le cor d’harmonie et le basson. Je les ai entendus jouer en janvier dernier, et j’ai été époustouflé par leur précision. C’est comme si on voyait des musiciens de jazz jouer de la musique classique. 

Que représente pour le Conservatoire le soutien de la TD pour des spectacles comme ceux-ci? 

Il s’agit d’artistes de premier ordre qui s’attendent à recevoir un certain cachet et ce soutien nous permet de garder le prix de nos billets à un niveau inférieur. Si nous nous basions uniquement sur les ventes, nous aurions à augmenter les prix des billets de 30 à 40 pour cent juste pour rentrer dans nos frais. Avoir un soutien financier, qu’il soit au privé, gouvernemental ou corporatif, est essentiel à ce que nous faisons. 

De plus, la TD est synonyme de jazz au Canada, donc c’est un choix naturel. Les gens de la TD aime la bonne musique, ce qui assure un type de relation différent que de parler avec quelqu’un d’un département de marketing qui ne sait possiblement pas différencier le classique du jazz et qui se soucie uniquement de la taille de leur logo. Nous n’avons pas ce sentiment avec la TD; avec eux, la préoccupation est de savoir comment nous pouvons faire vivre l’expérience du jazz à plus de gens.