Ibeyi : duo musical franco-cubain composé de jumelles, au son incomparable

mars 25 2015


Âgées de 20 ans, les jumelles franco-cubaines Naomi et Lisa-Kaindé captivent, en tant que membres du groupe Ibeyi, les mélomanes du monde entier grâce à leur son intime, organique et hautement original.

Nées à Cuba et élevées principalement à Paris, les sœurs sont les filles du réputé percussionniste cubain Miguel « Angá » Díaz, membre notamment des groupes Irakere et Buena Vista Social Club. Leur mère est la chanteuse franco-vénézuélienne Maya Dagnino. C’est à la suite du décès de leur père en 2006 que les sœurs, alors âgées de 11 ans, se sont initiées à la musique.

Aujourd’hui, Naomi joue des instruments à percussion traditionnels cubains, y compris le batá drum et le cajón, alors que Lisa-Kaindé chante et joue du piano. Leur musique est un amalgame d’éléments de musiques folkloriques françaises, afro-cubaines et yoruba, et de jazz, de soul, de hip-hop et de sons électroniques. Ibeyi – prononcé « i-bey-i » – veut dire « jumelles » en yoruba, une langue de l’Afrique de l’Ouest parlée encore de nos jours par quelques Afro-cubains; les sœurs chantent en plusieurs langues.

« Notre musique est le reflet de ce que nous sommes, écrivent les sœurs Diaz par courriel, alors qu’elles sont en tournée. Nous sommes un amalgame de langues, de cultures, de religions, de visions de la vie, de climats, de continents, de couleurs de peau et de différences sociales. »

Nous pouvons remercier leur mère, Maya, pour la création d’Ibeyi.


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« Un jour alors que j’avais 14 ans, ma sœur était sortie, j’avais terminé tous mes devoirs et aucun de mes amis n’était libre, et j’ai dit à ma mère que je m’ennuyais. Elle m’a répondu que je devrais en profiter pour écrire une chanson, se rappelle Lisa-Kaindé. Je me suis sentie fort bien après avoir écrit la chanson, et c’est comme ça que j’ai commencé. Ma mère m’a beaucoup encouragée, même si elle pose un regard assez critique sur les paroles.

Je crois que de faire de la musique et d’être en mesure de m’en servir pour exprimer ma douleur m’a sauvée. La musique vous permet de vous sentir bien et transforme votre douleur en quelque chose de beau. »

Les sœurs ont étudié la musique pendant plus d’une décennie, Naomi s’étant concentrée sur les instruments à percussion et Lisa-Kaindé, sur le piano classique et, plus tard, les cours de jazz vocal. Elles sont parties en tournée en France vers la fin de leur adolescence et ont attiré l’attention du label XL Recordings lors d’un spectacle dans un club de jazz à Paris. Peu après, Ibeyi signait un contrat avec XL, et Richard Russell, fondateur du label, produisait ce qui allait devenir leur premier album éponyme venant tout juste de paraître. L’album est aussi personnel que rythmique et beau. Les paroles racontent la vie, la perte et la renaissance sur des sonorités coupées, syncopées et incroyablement riches. C’est un ensemble obsédant, composé de chansons débordantes d’émotion, dont des élégies à propos de leur père disparu (« Think of You ») et de leur sœur plus âgée (« Yanira ») qui est décédée en 2013.

Les membres d’Ibeyi se réjouissent que d’autres puissent écouter leur musique.

« Bien sûr que nos sommes étonnées, affirment-elles. Nous n’avions pas prévu tout ça, à savoir enregistrer un album, partir en tournée et rencontrer des spectateurs. Nous sommes reconnaissantes que des personnes sont touchées et émues par ces chansons. C’est tout ce que nous voulons partager. »

Curieusement, même si la musique d’Ibeyi est le fruit d’expériences communes, les sonorités qui en résultent témoignent de la grande différence entre les jumelles. De bien des façons, ce sont de parfaits contraires.

« L’existence d’Ibeyi est vraiment attribuable à la confrontation de nos deux personnalités, ainsi que de nos préférences et de nos influences musicales respectives, explique Lisa-Kaindé. Naomi est le feu et le rythme, elle aime le hip-hop et les sons électroniques. Je suis l’eau et la mélodie; j’aime les vieux succès et les voix. Nina Simone est ma déesse. »

Cela étant dit, lorsque les jumelles se donnent en spectacle, notamment ce jeudi (26 mars) dans la cadre des concerts de la série Jazz à l’année 2015 du Festival de Jazz de Montréal, elles sont en parfaite symbiose.

« Nous sommes ailleurs, et ensemble [sur scène]. Nous ne sommes jamais réellement ensemble au quotidien. La scène est le seul endroit où nous formons un tout. »

En prévision du spectacle, Musique TD a demandé aux membres d’Ibeyi de nous parler de 5 musiciens cubains qui, selon elles, devaient être connus de tous.

 

Angá Diaz – « Le meilleur percussionniste; sa musique était enjouée et joyeuse. Un mélange de modernité et de tradition. »

Haydée Milanés – « La première chanteuse que j’ai admirée. » (Lisa-Kaindé)

Harold López-Nussa – « Un formidable pianiste. »

Irakere – « Le premier groupe ayant mélangé musique traditionnelle cubaine et jazz. »

Pablo Milanés – « L’un des meilleurs compositeurs. »